L’étranger
Tu as débarqué, comme des milliers d’autres, fuyant une sale guerre. Marche, train, camion, tu as poursuivi ton exil vers le nord, sans jamais demander l’asile ni même l’aumône. Tu as erré, plusieurs mois, personne ne sait combien, ni où. Tu as dormi dans des cabanes abandonnées à l’hiver, sans toucher à la nourriture qui s’y trouvait parfois. Lorsque tu es retourné à l’une d’elle, la porte et les volets avaient été barricadés.
Ton corps gelé a été retrouvé le lendemain, ou quelques jours plus tard. On a retracé un peu de ton errance, pour le peu qu’on t’a remarqué, un chalet visité, un appel à la police pour signaler “un noir qui rôde”. Avais-tu peur, ou voulais-tu juste continuer à vivre comme chez toi? Personne ne le saura. Comme ta famille peut-être restée au pays n’aura jamais connaissance de ton sort.
Peut-être la montagne offrira à ton âme la paix que nous n’avons pas su t’offrir.
